Grossesse

Quelle est la maladie dangereuse pour une femme enceinte ?

Une collègue enceinte revient de la crèche où elle a déposé son aîné. Un enfant du groupe avait la varicelle. Elle n’est pas sûre d’avoir été vaccinée. Ce genre de situation, banale en apparence, peut déclencher une prise en charge en urgence. Les maladies dangereuses pour une femme enceinte ne sont pas toujours celles auxquelles on pense, et le risque dépend souvent du moment de la grossesse et du statut immunitaire de la mère.

Varicelle enceinte : une urgence respiratoire sous-estimée

La plupart des adultes ont eu la varicelle enfant. On n’y pense plus. Pourtant, quand une femme enceinte non immunisée contracte le virus varicelle-zona, les conséquences dépassent largement les boutons de fièvre.

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Chez la mère, la complication la plus redoutée est la pneumonie varicelleuse. D’après des séries récentes de services de réanimation européens publiées après 2020, les pneumonies varicelleuses représentent la majorité des admissions en réanimation liées à une infection virale « banale » chez la femme enceinte. On parle d’une détresse respiratoire qui nécessite parfois une ventilation assistée.

Pour le foetus, le risque varie selon le trimestre. Une infection au cours des premiers mois peut provoquer un syndrome de varicelle congénitale, avec des atteintes cutanées, neurologiques ou oculaires. Près du terme, la varicelle néonatale peut survenir si l’accouchement a lieu dans les jours suivant l’éruption maternelle.

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La première chose à faire en cas de contact : vérifier son statut sérologique. Si on n’est pas protégée, un traitement par immunoglobulines spécifiques peut être proposé dans les jours qui suivent l’exposition.

Femme enceinte en pharmacie vérifiant un médicament pour protéger sa santé durant la grossesse

Toxoplasmose et listériose : deux infections liées à l’alimentation

On regroupe souvent ces deux maladies parce qu’elles partagent un point commun : elles se transmettent par ce qu’on mange. Les mesures de prévention se chevauchent, mais les agents infectieux et les risques pour le foetus sont différents.

Toxoplasmose pendant la grossesse

Le parasite Toxoplasma gondii se trouve dans la viande crue ou insuffisamment cuite, dans les légumes mal lavés et dans les déjections de chat. Une femme qui a déjà été infectée avant sa grossesse est protégée. C’est pour cette raison qu’une sérologie est réalisée dès la première consultation prénatale.

Une femme enceinte non immunisée contre la toxoplasmose doit être surveillée chaque mois par prise de sang. En cas de séroconversion en cours de grossesse, le risque d’atteinte foetale (lésions cérébrales, oculaires) dépend du stade de la grossesse au moment de l’infection.

Les gestes de prévention à appliquer au quotidien :

  • Cuire la viande à coeur, éviter les préparations crues ou fumées comme certaines charcuteries artisanales
  • Laver soigneusement les fruits et légumes, même ceux vendus en sachet « prêts à consommer »
  • Porter des gants pour jardiner ou nettoyer la litière du chat, ou déléguer cette tâche

Listériose : un risque alimentaire plus rare mais grave

La bactérie Listeria monocytogenes se développe même à basse température, ce qui la rend particulièrement traître. On la retrouve dans les fromages au lait cru, les produits de charcuterie en barquette, certains poissons fumés.

Chez la femme enceinte, l’infection peut passer inaperçue ou ressembler à un syndrome grippal. La listériose provoque un risque réel de fausse couche, d’accouchement prématuré ou d’infection néonatale grave. Le diagnostic repose sur une hémoculture, et le traitement antibiotique doit être démarré rapidement.

Cytomégalovirus (CMV) : la maladie dangereuse la plus fréquente et la moins connue

Le CMV est la première cause d’infection congénitale dans les pays industrialisés, et pourtant on en parle peu en dehors des cabinets médicaux. Ce virus de la famille des herpès se transmet par les fluides corporels : salive, urine, larmes.

Le scénario classique : une femme enceinte travaille en crèche ou a un enfant en bas âge qui rapporte le virus de la collectivité. Elle s’infecte en essuyant le nez ou en partageant la cuillère de son enfant. Les symptômes maternels sont souvent discrets, parfois absents.

Le CMV peut entraîner une surdité, un retard de développement ou des lésions cérébrales chez le foetus, surtout en cas de primo-infection au cours du premier trimestre. Il n’existe pas de vaccin disponible à ce jour, et aucun dépistage systématique n’est imposé en France, ce qui rend la prévention comportementale d’autant plus capitale.

  • Ne pas embrasser un jeune enfant sur la bouche ou près des yeux
  • Se laver les mains après avoir changé une couche ou mouché un enfant
  • Ne pas partager les couverts, verres ou brosses à dents avec un enfant en bas âge

Femme enceinte chez elle lisant une brochure d'information sur les maladies dangereuses pendant la grossesse

Risques professionnels pendant la grossesse : solvants et gaz anesthésiques

On pense spontanément aux infections quand on parle de maladie dangereuse pour une femme enceinte. On oublie souvent les expositions chimiques au travail.

Un rapport de l’INRS actualisé après 2021 souligne que l’exposition professionnelle à certains solvants comme le toluène est associée à une augmentation des malformations congénitales et des fausses couches. Plusieurs postes en industrie, nettoyage à sec ou impression sont désormais classés « incompatibles avec la grossesse » dans les évaluations de risques professionnelles en France.

Même constat pour les travailleuses en bloc opératoire. Les recommandations françaises récentes en médecine du travail indiquent que l’exposition répétée aux anesthésiques volatils (protoxyde d’azote, isoflurane) présente un risque accru de fausse couche et de malformations foetales. Des réaffectations temporaires sont proposées dès le début de grossesse dans de nombreux établissements de santé.

Pour faire valoir ses droits, la femme enceinte peut demander un aménagement de poste ou un changement temporaire d’affectation auprès du médecin du travail. Cette démarche est protégée par le Code du travail, et l’employeur ne peut pas s’y opposer si le risque est documenté.

Pré-éclampsie et diabète gestationnel : complications propres à la grossesse

Certaines maladies n’existent que parce qu’il y a grossesse. La pré-éclampsie associe une hypertension artérielle à une atteinte rénale, généralement après la vingtième semaine. Elle peut évoluer vers des complications maternelles sévères (éclampsie, HELLP syndrome) et menacer la croissance du foetus.

Le diabète gestationnel, lui, apparaît en cours de grossesse chez des femmes qui n’étaient pas diabétiques auparavant. Non traité, il augmente le risque de macrosomie foetale et de complications à l’accouchement. Un dépistage par test de charge en glucose est proposé entre la vingt-quatrième et la vingt-huitième semaine.

Le suivi médical mis en place dès le début de la grossesse permet de détecter ces complications tôt. Les consultations prénatales mensuelles, les analyses de sang et d’urine, la surveillance de la tension artérielle ne sont pas des formalités administratives. Ce sont les outils concrets qui permettent d’intervenir avant que la situation ne se dégrade.