Professionnels

Qui a été la première femme médecin ?

La question semble simple, mais la réponse change selon le pays, l’époque et la définition retenue. Si l’on parle du premier diplôme universitaire de médecine obtenu par une femme en France, un seul nom s’impose : Madeleine Brès, docteure en médecine en 1875. Pourtant, des femmes pratiquaient la médecine bien avant elle, sans diplôme reconnu par un État moderne.

Femmes médecins avant le diplôme : de Metrodora à Trota de Salerne

Avant même que les universités n’existent, des femmes soignaient, enseignaient et rédigeaient des traités médicaux. L’historienne Rebecca Flemming (Université de Cambridge) rappelle que la notion de « première femme médecin » dépend du critère choisi : diplôme universitaire, pratique réelle ou reconnaissance officielle.

A voir aussi : Qu'est-ce que le plan de prévention des risques professionnels ?

Metrodora, auteure d’un traité médical byzantin, décrivait des pathologies gynécologiques et leurs traitements. Trota de Salerne, au XIIe siècle, exerçait et enseignait dans une école de médecine laïque ouverte aux femmes, en Italie du Sud. Ces praticiennes n’avaient pas de doctorat au sens moderne, mais leur activité relevait bien de la médecine.

Pourquoi les a-t-on oubliées ? Dès le Moyen Âge, les femmes ont été exclues de l’enseignement médical, notamment parce qu’on ne leur apprenait pas le latin, langue de la science à l’époque. Cette exclusion a duré des siècles.

A découvrir également : Est-ce qu'un médecin spécialiste peut être médecin traitant ?

Femme médecin pionnière dans un couloir d'hôpital historique du XIXe siècle tenant une sacoche médicale

Madeleine Brès et le doctorat de médecine en France

Née le 25 novembre 1842 à Bouillargues, dans le Gard, Madeleine Brès grandit dans un milieu modeste. Son père, charron, l’emmenait parfois avec lui. C’est au contact d’une religieuse soignante qu’elle découvre sa vocation pour la médecine.

En 1868, elle a 26 ans et trois enfants. Elle frappe à la porte de la faculté de médecine de Paris. Le doyen Charles Wurtz accepte de l’inscrire, mais à une condition : obtenir l’autorisation du ministre de l’Instruction publique, Victor Duruy. Celui-ci accepte, tout en demandant l’avis du professeur Paul Broca et du chirurgien de l’Hôtel-Dieu.

Un parcours semé d’interdictions

Madeleine Brès peut suivre les cours, mais elle n’a pas le droit de se présenter aux concours, réservés aux hommes. Elle ne peut donc accéder ni à l’internat ni à l’externat. Malgré cette limitation, elle poursuit ses études pendant sept ans.

En 1875, elle soutient sa thèse sur la composition du lait maternel. Le jury lui accorde la mention « extrêmement bien ». Ce travail est remarqué en France et à l’étranger. Elle devient ainsi la première Française diplômée docteure en médecine.

Première femme médecin en France ou dans le monde : la distinction compte

Il serait inexact de dire que Madeleine Brès fut la première femme médecin au monde. La France a ouvert l’accès formel des femmes aux études médicales plus tardivement que d’autres pays.

  • En Suisse, l’Université de Zurich accueillait déjà des étudiantes en médecine à la fin des années 1860.
  • Aux États-Unis, Elizabeth Blackwell avait obtenu son diplôme de médecine en 1849, soit plus de vingt-cinq ans avant Madeleine Brès.
  • En Russie, des femmes accédaient aux études médicales à la même période qu’en Suisse, grâce à un système d’autorisations spécifiques.

Une étude publiée dans la revue Clio. Femmes, Genre, Histoire en 2021 confirme que Madeleine Brès est davantage une « première » symbolique nationale qu’une pionnière chronologique à l’échelle internationale. Ce constat ne diminue en rien son parcours, mais il le remet dans son contexte européen.

Femme médecin victorienne devant une université historique en pierre tenant un diplôme roulé

Après le doctorat : puériculture et crèches à Paris

Une fois diplômée, Madeleine Brès se spécialise dans le soin des femmes et des enfants. Ce choix n’est pas anodin : c’est la seule voie qui lui est alors autorisée. Les postes hospitaliers et les chaires universitaires restent fermés aux femmes.

Elle conseille les crèches municipales et les écoles maternelles des vingt arrondissements de Paris. Elle dirige aussi le journal L’Hygiène de la femme et de l’enfant, un support de vulgarisation médicale destiné aux familles.

Une crèche gratuite financée sur ses propres fonds

En 1885, Madeleine Brès finance la création d’une crèche gratuite. Cette initiative vise à améliorer les soins et l’éducation des jeunes enfants dans les quartiers populaires. Elle y enseigne la puériculture, discipline encore balbutiante à cette époque.

Madeleine Brès meurt en 1921, après avoir consacré l’essentiel de sa carrière à la santé infantile et maternelle. Plusieurs rues et établissements portent aujourd’hui son nom en France.

Première femme médecin : pourquoi la réponse varie selon les sources

Quand vous lisez « première femme médecin », posez-vous la question : de quel pays parle-t-on, et selon quel critère ?

  • Si le critère est le diplôme universitaire français, la réponse est Madeleine Brès (1875).
  • Si le critère est le premier diplôme de médecine obtenu par une femme dans le monde occidental, c’est Elizabeth Blackwell (1849, États-Unis).
  • Si le critère est la pratique médicale documentée, des femmes comme Trota de Salerne exerçaient dès le XIIe siècle.

La réponse dépend du cadre géographique et de la définition choisie. L’historienne Rebecca Flemming insiste sur cette distinction, trop souvent gommée dans les récits simplifiés.

Le parcours de Madeleine Brès reste un repère central dans l’histoire de la médecine française. Il rappelle que l’accès des femmes aux professions de santé ne s’est pas fait d’un coup, mais par étapes successives, différentes d’un pays à l’autre. En France, il a fallu attendre les années qui suivent la thèse de Madeleine Brès pour que d’autres femmes s’inscrivent en faculté de médecine et accèdent progressivement aux concours hospitaliers.